vendredi 7 octobre 2011

681 : jeudi 6 octobre 2011

Tous les 36 du mois j’achète un billet d’avion en vue de prendre de la distance - vraiment longue - et de la hauteur - plus ambitieuse que le sommet de la tour Montparnasse - à l’égard de ma vie quotidienne, professionnelle, privée et ménagère. Je m’en vais d’un pas un peu inquiet voir là-bas si j’y suis aussi ; sûre de rien quant au résultat de ma quête. Là-bas c’est loin et il peut même y avoir des formalités préalables à accomplir, une autorisation à solliciter et obtenir pour s’y rendre ; c’est pourquoi je ne conçois que très rarement de telles entreprises. Prenez l’autre côté de l’océan Atlantique par exemple, sa rive opposée aux ports et plages de La Rochelle et Royan, où il a pu m’arriver ces dernières années de me promener et de prendre des photographies parce que j’atteignais des limites que je ne pensais jamais dépasser, et prenez New York en particulier : il m’a fallu 55 ans 11 mois 21 jours et des poussières d’heure pour m’y retrouver. Mais Dieu sait si, arrivée là à bon port, je m’y suis trouvée bien, et plus que bien, dans cette ville dont, pour une bonne part, la surface est lotie selon une logique parfaite, tirée au cordeau, clairement exprimée par la numérotation des rues et des avenues. Ma tendance affirmée dans tant d’autres cités, et pas seulement médiévales, à m’égarer dans les villes inconnues radicalement éradiquée par le quadrillage, je n’y ai jamais cherché mon chemin. Une ville qui offre de telles perspectives d’avenues et d’avenir, il y a fort à parier que je n’attendrai pas le prochain 36 du mois pour y repartir, d’ailleurs mon autorisation est encore valable.

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J'ai rêvé que je revenais, je le sentais, sans certitude, oui, il me le semblait, dans une petite rue bordée d'un long mur - je savais que c'était celui d'un jardin - et devant une porte entrouverte. Je la poussais en gravissant les trois marches usées du seuil, et me trouvais devant une longue allée au dallage moussu, entre deux murs – celui de gauche couvert d'une treille agonisante, et l'idée du jardin s'est effacée – qui filait jusqu'à la porte d'une maison, très loin devant moi. Elle m'a été familière et je ne reconnaissais rien. Je me suis avancée, effleurant sans glisser les cailloux humides, un peu agacée par la sensation d'étrangeté que me donnait cette aisance, longeant un tas de planches, une brouette, les éléments d'une échelle posés au sol. Une impression de chantier à l'abandon, que les premières feuilles mortes commençaient à recouvrir. J'ai relevé un râteau couché en travers du passage, et, comme je me redressais, m'est venue l'idée que ces travaux expliquaient mon étonnement – je connaissais sans doute cet endroit dans son état futur, quand serait achevé le chantier qui devait me le rendre familier. J'ai glissé dans l'éveil, gardant l'impression désagréable de ma stupidité.