vendredi 17 mai 2013

1119 : jeudi 16 mai 2013


Les fumeroles qui montent du sol n’alimentent pas le brouillard du matin : l’humidité s’est envolée, reste un mystère et une odeur âcre. Autour de l’arbre, l’air est chaud. Pourquoi suis-je redescendue ? Une fumée sans feu m’encercle, que faire ? Je tâte l’écorce, prête à saisir à nouveau la branche basse et échapper ainsi à l’étouffement quand quelque chose d’étrange m’arrache à l’inquiétude. Dans l’arbre, une fente, comme une fissure qui s’ouvre… tout mon bras peut s’y glisser, mon épaule. Et si je me cachais là ? Et si c’était un piège... ? Je devrais peut-être plutôt foncer en fermant les yeux, pour passer au-delà de l’incendie souterrain, et tracer ma route vers ailleurs. Mais l’arbre me retient ! Mes doigts sont aspirés vers un antre insoupçonné, dans les profondeurs du tronc centenaire. Je ne parviens pas à m’en dégager et je commence à suer, en tirant, tant de l’effort que de la chaleur qui s’accroît. Je parviens cependant à remarquer qu’au bout de ma main prisonnière, l’air est frais. Et qu’il glisse tel un courant. Il y a peut-être là une issue.

jeudi 16 mai 2013

1118 : mercredi 15 mai 2013


Je m’installe sur la dernière branche qui m’apparaît suffisamment solide pour supporter mon poids. Pas de village au loin, ni de forêt, seulement l’herbe, tapis vert jusqu’au bleu. Et pourtant, il y a autre chose. Vers l’ouest, par intermittence, mon œil est attiré par un reflet. Scintillement saccadé, comme un message en morse que je voudrais pouvoir déchiffrer. Il y a donc là-bas quelqu’un, j’en suis sûre, même si, d’ici, sa silhouette se fond dans le paysage. Mon attention se porte sur le moyen de rejoindre cet autre passager de l’infinie prairie. Il n’y a pas de ligne droite, mais je vois qu’en bifurquant vers la droite, je contourne un cul de sac et pourrai continuer dans la bonne direction. Je veux partir avant que cet alter ego ne reprenne son chemin et ne cesse ses signes. Je redescends prestement, accrochant au passage une branche qui craque, ce qui manque de me faire choir. Je suis enfin à terre quand une odeur m’alerte : ce n’est pas celle de la terre du matin, l’air sent le danger.

mercredi 15 mai 2013

1117 : mardi 14 mai 2013


Mes doigts bientôt pourront toucher le faîte et les dernières feuilles au vent. Oui, enfin, je vais pouvoir contempler la plaine plus loin que l’horizon du promeneur en errance. Je ne crains plus les vers ni les serpents et je deviens oiseau ; ici, je ferai mon nid. Mon regard se porte vers le soleil qui monte sans encore m’éblouir. Il y a dans le ciel comme une brume montante qui marque des chemins au-dessus de l’herbage : je vais aussi bientôt voir quels sont les couloirs qui ne mènent à aucune impasse.

mardi 14 mai 2013

1116 : lundi 13 mai 2013



L'énergie du soleil commence à s'épuiser : les horloges, la fondue et le chocolat ne font plus recette ; quel dommage sous les pavés, les racines. Mais parfois, on l'empêche de battre.

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purification des mots prononcés dans le feu. crémation mesurée cendre noire intelligible. souffle au travail.

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Un courant d’air sur mon front me pousse à me lever pour chercher la lumière. Je m’adosse au tronc large. Pas de fruit dans cet arbre, mais des branches assez basses pour être attrapées. Ma main en saisit une, j’y ajoute l’autre en regard et me voilà me balançant afin d’y envoyer mes pieds. Ca y est. Je me hisse. La suite de l’ascension est moins acrobatique, il suffit de gravir l’échelle végétale qui m’est présentée : l’arbre est accueillant comme une chaumière.

lundi 13 mai 2013

1115 : dimanche 12 mai 2013


comme un savoir dans l'oxydation de métal de nuit friable. mastication de la douleur. mesure maxillaire d'un portail de camp.

samedi 11 mai 2013

1114 : vendredi 10 mai 2013



J’ouvre un œil. De la terre colle à mes cils. Je me retourne sur le dos. L’arbre. Il est immense, majestueux, les bras tendus jusqu’aux nuages absents. Il a veillé sur mon sommeil. Combien d’heures ? Le soleil n’est encore pas bien haut. J’ai l’impression d’avoir rêvé sans pouvoir me souvenir de quoi. Juste une sensation, celle d’avoir cherché, cherché, comme je cherche ici mon chemin. L’ai-je trouvé dans mes songes ?

vendredi 10 mai 2013

1113 : jeudi 9 mai 2013


erreur d'herbes sur la terre asservie. terre noircie test noir pressenti entre les tiges dures. séjour d'un seul tenant. partout le vide jouxte le vide.

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L’ordinateur est encore allumé. Je rouvre une énième fois toutes mes fenêtres sur le monde extérieur et sa société virtuelle : quelques vidéos en promotion, je regarde celle qui nous promet le retour d’un comique des années 80 mais ça ne me fait pas rire. Suis-je devenue sèche ou le type n’est pas drôle ? De liens en liens, j’arrive à un documentaire sur le paléolithique. Une histoire d’erreur d’interprétations sur le passé d’un corps momifié, tournée comme une enquête policière. Je me prends au jeu en grignotant un paquet de spéculos.